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Ils achètent des tickets perdants sur eBay… pour payer moins d’impôts

Article publié le dimanche 16 août 2026

Acheter un ticket de loterie perdant, en soi, ce n’est déjà pas l’idée du siècle. Mais acheter des piles de tickets perdants sur eBay dans l’espoir de réduire ses impôts sur ses gains ? Là, on entre dans une catégorie bien particulière de créativité fiscale.

C’est pourtant une pratique repérée aux États-Unis, où certaines annonces proposent des lots de tickets de grattage perdants vendus au kilo, à la liasse, ou carrément par “montant de pertes” affiché. Oui, vous avez bien lu : des billets sans valeur, vendus comme s’il s’agissait d’un trésor. Sur Tirage-Euromillions.net, on voit passer pas mal d’histoires insolites autour des loteries, mais celle-ci mérite clairement sa place au panthéon du “fallait oser”.

Des tickets perdants vendus comme des objets de collection… ou presque

En cherchant “losing lottery tickets” sur eBay, des journalistes américains sont tombés sur des annonces franchement étonnantes :

  • environ 450 g de tickets perdants de Pennsylvanie pour 10 dollars ;
  • des tickets de l’Ohio représentant 5 200 dollars de pertes pour 29,99 dollars ;
  • et même un lot de tickets de Floride affichant 90 000 dollars de pertes pour 575 dollars.

Dit comme ça, on dirait presque une promo absurde : “Perdez 90 000 dollars pour seulement 575 !” On a vu mieux comme cashback.

La plupart de ces annonces se présentent sous des étiquettes très sages :

  • objets de collection ;
  • matériel pour loisirs créatifs ;
  • tickets expirés ;
  • ou encore articles “vintage”, “rares”, “sans valeur”.

Mais certaines vont beaucoup plus loin et mentionnent carrément des expressions comme “tax write off” ou “tax deduction”, autrement dit : déduction fiscale.

Pourquoi ces tickets intéressent certains joueurs américains ?

Pour comprendre, il faut faire un petit détour par le système fiscal américain, qui est très différent de ce que connaissent les joueurs français.

Aux États-Unis, les gains de loterie, de casino, de paris sportifs, de courses hippiques ou de tombolas sont imposables. En clair, un gros gagnant ne repart pas simplement avec son chèque et un grand sourire : l’administration fiscale, l’IRS, attend aussi sa part.

En revanche, le fisc américain autorise, sous certaines conditions, à déduire ses pertes de jeu de ses gains. L’idée est simple sur le papier : si vous avez gagné d’un côté mais perdu de l’autre, vous pouvez réduire la facture fiscale. Mais il faut pouvoir prouver ces pertes avec des documents précis :

  • tickets,
  • reçus,
  • relevés,
  • historique de jeu,
  • et même parfois un journal détaillé des gains et pertes.

C’est là que certains petits malins semblent avoir trouvé leur combine : acheter de faux “justificatifs” de pertes en récupérant les tickets perdants d’autres personnes.

Ce que disent les experts : pour eux, c’est très clair

Jeffrey Hoopes, professeur de comptabilité à l’Université de Caroline du Nord et directeur de recherche du UNC Tax Center, ne tourne pas autour du pot : pour lui, ce type d’achat dans un but fiscal relève clairement de la fraude.

“C’est une façon de réduire ses impôts, clairement frauduleuse.”

Son analyse est assez simple : si quelqu’un achète des tickets perdants qui ne sont pas les siens pour les faire passer comme ses propres pertes, cela revient à fabriquer de faux justificatifs, un peu comme inventer des factures pour gonfler des frais professionnels.

📌 À retenir
Le problème n’est pas de collectionner des tickets expirés. Le problème commence quand ils servent à justifier des pertes fictives auprès du fisc.

eBay autorise-t-il vraiment ce genre de vente ?

Pas exactement.

La plateforme précise que les tickets de loterie expirés peuvent être vendus s’ils ont une valeur de collection et si la vente est autorisée localement. En revanche, les annonces qui encouragent un usage inapproprié de ces tickets ne sont pas autorisées et peuvent être supprimées.

Autrement dit :

Type d’annonceAutorisé ?
Ticket expiré vendu comme objet de collection✅ Oui, sous conditions
Lot vendu pour bricolage ou collection✅ Possible
Lot présenté comme “déduction fiscale”❌ Non, en principe
Ticket utilisé comme faux justificatif fiscal❌ Clairement problématique

Le hic, c’est qu’entre la règle écrite et les annonces réellement publiées, il y a parfois un petit monde. Certaines formulations passent entre les mailles du filet, au moins temporairement.

Une drôle de saisonnalité… qui n’a rien d’un hasard

L’un des détails les plus savoureux de cette affaire, c’est que les annonces de tickets perdants augmenteraient à l’approche de la date limite de déclaration fiscale américaine, fixée en général au 15 avril.

Des données historiques analysées par Jeffrey Hoopes montrent que le nombre d’annonces grimpe en début d’année, atteint un pic en mars-avril, puis retombe ensuite. En gros, les tickets perdants semblent soudain devenir très populaires… pile au moment où il faut remplir sa déclaration.

Difficile de croire à une passion nationale subite pour le scrapbooking fiscal.

💡 Conseil d’expert
Quand un objet “sans valeur” devient soudain très recherché juste avant une échéance fiscale, il y a souvent une explication moins romantique que la collection.

Ce qui change en 2026 aux États-Unis

Autre élément important : la règle fiscale américaine a changé.

Jusqu’ici, un joueur pouvait en théorie déduire 100 % de ses pertes, dans la limite de ses gains déclarés. Mais à partir de l’année fiscale 2026, ce n’est plus le cas : seulement 90 % des pertes de jeu sont désormais déductibles.

Exemple simple

SituationAncienne règleNouvelle règle 2026
Gains : 100 000 $ / Pertes : 100 000 $0 $ imposable10 000 $ imposables

Résultat : même un joueur qui finit théoriquement à l’équilibre peut désormais se retrouver avec un revenu imposable “fantôme”.

C’est un point très important pour comprendre pourquoi certains cherchent encore plus activement des justificatifs de pertes : la fenêtre fiscale s’est resserrée.

Un phénomène lié à l’explosion des jeux d’argent aux États-Unis

Cette histoire ne sort pas de nulle part. Le marché américain des jeux d’argent a énormément grossi ces dernières années, notamment avec :

  • les paris sportifs légalisés dans de nombreux États ;
  • les casinos ;
  • les loteries d’État ;
  • les courses ;
  • et plus récemment les marchés prédictifs, ces plateformes où l’on “parie” sur des événements futurs.

Selon les chiffres cités dans la presse américaine, les Américains ont misé environ 166 milliards de dollars sur le sport l’an dernier, sans même compter la loterie ou les casinos. Forcément, plus il y a de gains, plus la question fiscale devient sensible.

Et visiblement, tout le monde ne joue pas le jeu côté déclaration : un audit du fisc américain relayé dans l’article indique que près de 149 000 personnes ayant gagné plus de 15 000 dollars entre 2018 et 2020 n’auraient pas correctement déclaré ces sommes.

Vu de France, pourquoi cette histoire surprend autant ?

Pour un lecteur français, cette affaire peut sembler lunaire, car la fiscalité des gains de loterie n’a rien à voir.

En France, les gains issus des jeux de tirage comme EuroMillions, Loto, Keno ou EuroDreams sont en principe non imposables à la source du gain pour le joueur. En revanche, les revenus générés ensuite par cet argent — intérêts, placements, immobilier locatif, etc. — peuvent bien sûr être taxés.

C’est ce décalage qui rend cette histoire américaine si étonnante pour nous : là-bas, certains achètent des montagnes de tickets perdants pour tenter d’alléger leur note fiscale ; ici, un ticket perdant reste surtout… un ticket perdant. Et éventuellement un marque-page un peu triste.

Collection, bricolage ou magouille ?

Soyons justes : tout acheteur de tickets expirés n’est pas forcément en train de bricoler sa déclaration d’impôts. Il existe de vrais collectionneurs de billets de loterie, notamment aux États-Unis où chaque État a ses propres visuels, séries, éditions spéciales et tickets à gratter très graphiques.

Certains lots peuvent aussi servir à :

  • des projets artistiques ;
  • du collage ;
  • des collections thématiques ;
  • ou simplement à conserver un souvenir d’une époque ou d’un jackpot.

Mais quand une annonce met en avant la “déduction fiscale” comme argument de vente, le doute n’est plus vraiment permis.

ℹ️ Bon à savoir
Les tickets de loterie américains sont souvent très variés d’un État à l’autre : design, prix, mécaniques de jeu, jackpots instantanés… Cela alimente un petit marché de collectionneurs, indépendant de toute question fiscale.

Le plus absurde dans l’histoire ?

Le plus absurde, c’est peut-être que ces tickets perdants finissent par avoir une valeur marchande… précisément parce qu’ils ont perdu.

Dans le monde normal :

  • un ticket gagnant vaut de l’argent ;
  • un ticket perdant ne vaut rien.

Dans ce coin un peu tordu d’internet :

  • un ticket perdant peut se revendre ;
  • non pas pour le jeu,
  • mais pour son potentiel de “papier justificatif”.

C’est presque de l’alchimie administrative : transformer un mauvais tirage en pseudo-actif. Il fallait y penser. Pas forcément le faire.

Au final, cette histoire raconte autant l’imagination sans limites de certains joueurs que la complexité du système fiscal américain : quand des tickets perdants se vendent sur eBay comme de l’or gris, on se dit que la loterie réserve décidément des surprises… même après le grattage.

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